La synthèse technique BIM – Partie 1

Qu’est-ce que la synthèse technique BIM ? Quelle est son utilisation ? Dans quelles circonstances devons-nous l’intégrer à un projet ? Pour répondre à toutes ces questions, nous avons interviewé François LAHOUSTE et Aurélie VARIN, respectivement responsable du service BIM et responsable de synthèse chez Probim.

 

 

Bonjour François et Aurélie, pouvez-vous vous présenter, nous raconter en quelques mots votre parcours professionnel et nous dire comment vous êtes arrivés chez Probim ? 

Aurélie Bonjour, je ne suis qu’au début de mon parcours professionnel. J’ai fait quasiment 4 ans dans une agence d’architecture sur Paris (j’ai le double diplôme ingénieur-architecte) puis je suis arrivée chez Probim il y a un an et demi. A l’époque, Probim s’occupait de la présynthèse du projet sur lequel je travaillais en agence d’architecture. Et de fil en aiguille je suis arrivée chez Probim ! J’ai également travaillé 3 ans (en alternance) dans un bureau d’étude structure conception durant mon cursus ingénieur. 

François : Pour ma part j’ai commencé ma carrière au début des années 90. Etant déjà « Geek » depuis les années 80, l’informatique a toujours été « l’ossature » de développement de ma carrière professionnelle. Après avoir exercé comme conducteur de travaux, projeteur dans le domaine des hydrocarbures puis collaborateur d’architecte je suis passé par l’étape « Directeur de synthèse » où j’ai le plus développé de compétences informatiques liées à l’ingénierie du bâtiment. C’est au début de l’année 2017 que j’ai rejoint PROBIM pour développer l’activité BIM du groupe PROJEX. 

 

Quand avez-vous, pour la première fois, entendu parler de BIM ? 

Aurélie : J’ai entendu parler du BIM lorsque j’ai commencé mon cursus en école d’architecture, en 2012. J’ai pu me former en prenant l’option BIM proposée par l’école. 

François : Quant à moi j’ai commencé à m’intéresser au BIM en 2011. Dans le cadre de missions de synthèse j’ai développé mes connaissances du logiciel REVIT puis de la méthode de travail collaborative. 

 

François, nous avons pu constater que tu étais co-fondateur de la revue Arobim, peux-tu nous en dire un peu plus sur le sujet ? Tu interviens également à l’université Catholique de Louvain en Belgique. Partager ton savoir-faire, est-ce une chose fondamentale pour toi et pour quelle(s) raison(s) ? 

François : Le BIM est collaboratif. Un processus de ce type est efficace si tous les participants partagent leurs connaissances. Un BIM Manager aussi compétant soit-il ne peut seul faire « tourner la machine ». Je dirai donc que ce partage est intrinsèque au BIM et qu’il n’est pas altruiste puisqu’il nous permet au fil du temps de travailler avec de plus en plus d’intervenants détenteurs d’un sérieux niveau de connaissance ! Par ailleurs ces échanges nous permettent également de poursuivre notre propre apprentissage, le domaine est tellement vaste ! 

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous orienter vers le BIM et qu’a-t-il apporté à vos métiers ? 

Aurélie : J’ai vu dans le BIM la possibilité de retrouver la complémentarité de mes deux formations initiales (architecture et ingénierie), pouvoir optimiser la coordination et l’interopérabilité entre tous les acteurs qui gravitent autour d’un projet de la conception à l’exécution. Je connais peu les méthodes de travail avant le BIM, je ne peux donc pas comparer l’avant de l’après de manière objective. En synthèse, le BIM permet d’avoir une meilleure compréhension volumétrique du projet (surtout lorsqu’ils sont complexes), de travailler plus en « instantanée » : pouvoir faire des coupes à divers endroits dans le projet et visualiser directement l’impact des réseaux. 

François : J’ai pour ma part commencé en 2D sous Autocad (version 10 !) puis je suis passé à la 3D (début 2000) avec Autocad Architecture puis MEP. Avant REVIT j’avais déjà intégré les possibilités d’homogénéité graphique entre 3D, plans, élévations et coupes. Mais le fait d’utiliser un langage commun (l’informatique) pour organiser et échanger de l’information a été une véritable révolution. Terminé les adaptations de plans par corps d’état pour être sûr que l’information transmise soit comprise par l’interlocuteur. 

 

Quels avantages le BIM apporte-t-il à la synthèse technique ? 

François : Lorsque l’on pense « cohérence spatiale » on pense au versant graphique 3D d’une maquette numérique. Mais les données qu’elle contient permettent également de développer des processus de communication et de validation des résolutions des clashs ou des demandes de réservations plus rapides et plus efficaces. Par ailleurs le fait que les participants à la synthèse modélisent leur maquette métier pour qu’elle soit agglomérée lors de l’étude nécessite leur implication et évite l’un des travers des études de synthèse : le bureau de synthèse qui fait et décide de tout. 

 

Nos lecteurs ne sont pas forcément tous experts en la matière, Aurélie pourrais-tu dans ce cas nous expliquer en quelques mots la pré-synthèse et la synthèse ? 

Aurélie : La pré-synthèse et la synthèse technique ont le même objectif : coordonner spatialement les réseaux qui cheminent dans un bâtiment. La pré-synthèse s’effectue lors de la conception du bâtiment, elle permet d’accompagner les bureaux d’études et l’architecte dans l’élaboration de leur projet. La synthèse s’effectue lors de l’exécution de l’ouvrage. Chaque acteur modélise sa partie (réseaux d’électricité, de plomberie, de clim/ventilation/chauffage, la structure, le projet architectural), je récupère les maquettes numériques de tout le monde, ensuite je vérifie qu’il n’y ait pas d’interface entre les réseaux, et que ceux-ci respectent le projet architectural demandé. C’est comme un casse-tête et il faut trouver les solutions ! 

 

On entend « responsable de synthèse », « cellule de synthèse », « BIM Manager », etc. Comment tout cela s’articule et se coordonne ? 

Aurélie La cellule de synthèse est composée d’un ou plusieurs représentants de chaque entreprise. Lors d’interfaces entre réseaux, le responsable de synthèse propose une solution qui peut ensuite être retravaillée par la cellule de synthèse lors des réunions. Le responsable de synthèse est la personne qui va proposer des solutions aux problèmes, animer les réunions de synthèse, coordonner les études de synthèse entre les différents intervenants. Le Bim manager ne fait pas partie intégrante de la cellule de synthèse, il aide les différents acteurs à collaborer avec le BIM. Il va régler les problématiques liées à la forme (utilisation de la maquette numérique) mais pas le fond du projet (gestion des interfaces entre lots). 

 

Beaucoup semblent confondre synthèse 3D et synthèse BIM, François peux-tu nous aider à éclaircir le sujet ? 

François La première utilise la modélisation en 3D pour étudier la cohérence spatiale. L’échange d’informations au sein de la cellule de synthèse se fait par échange de maquettes (ou d’extraits de maquettes) modélisées par le bureau de synthèse voir même dans certains cas par échange d’extraction en 2D (fichiers Autocad) issus de ces maquettes. Un peu comme on échangeait les coupes types ou les plans de synthèse auparavant. L’information générée par la synthèse est essentiellement graphique. 

Lors d’une synthèse « full BIM » le bureau de synthèse utilise les maquettes numériques des participants (évidemment modélisées dans le respect du cadre défini par le BIM Manager) et les outils collaboratifs liés à leur usage pour détecter les incohérences, transmettre ses propositions de résolution (ou inscrire celles retenues) et valider leur prise en compte. Ici tout le monde participe à la modélisation de la maquette de synthèse. Le directeur de synthèse modélise peu mais coordonne, détecte et propose des solutions mettant ainsi le focus sur sa réelle valeur ajoutée. 

 

Certaines personnes pensent que la mission de synthèse technique est à la charge du BIM Manager du projet. Qu’en penses-tu François ? 

François : Il y a beaucoup de liens organisationnels entre BIM Management et synthèse. Dans les 2 cas il s’agit de mettre en place une méthode de travail collaborative. Par ailleurs la cohérence spatiale par l’usage de la maquette numérique est un cas d’usage BIM. Pour autant, effectuer une mission de direction de synthèse technique demande des connaissances métiers pluridisciplinaires qui ne sont pas toujours présentes chez un BIM Manager : techniques CVC, plomberie, structure, organisation de chantier, règlementation incendie, etc. C’est pourquoi cette mission ne peut pas être dévolue systématiquement au BIM Manager. C’est cependant tout à fait envisageable et très efficace pour l’atteinte de cet objectif BIM si le BIM Manager possède toutes les compétences métiers requises. 

 

Une synthèse technique est-ce complexe ? Quels sont les défis auxquels tu fais face Aurélie ? 

Aurélie : En synthèse d’exécution, nous donnons au Gros-œuvre les réservations permettant la mise en œuvre des réseaux tout corps d’état. De fait, nous suivons les plannings d’exécution du GO, ce qui est parfois compliqué en termes de délais. La complexité de certain projet nécessite plusieurs études de réseaux avant d’obtenir le résultat escompté. Il faut donc trouver le bon équilibre dans nos productions de synthèse réseaux et réservations afin de tenir les plannings imposés par nos clients. 

 

En 3 adjectifs, que faut-il pour être un bon responsable de synthèse technique ? 

Aurélie : Technique, rigoureux et sociable 

François : Technique, rigoureux et pédagogue. 

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour la Partie 2 de l’article !  

Interview réalisée par Lamia BELFATMI

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